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Pour une autorité bienveillante


Vous êtes parent, et comme tous les parents vous vous êtes déjà demandé : « Comment faire pour que mon enfant obéisse ? »

« Comment lui parler, quelle attitude puis-je avoir pour qu’il respecte les règles sans que cela ne se finisse en conflit ? »,

"Comment gérer la colère de mon enfant quand je lui dis « Non » ? », « Dois-je le laisser faire ou au contraire, dois-je me montrer plus autoritaire ? »

La question de l’Autorité a évolué avec la société, et aujourd’hui, de nombreux parents sont en manque de repères :​​

« Suis-je trop sévère ? Ne le suis-je pas assez ? »

Il y a eu un changement de cap important dans l’éducation parentale, que l’on peut situer au moment de Mai 68. En effet, nous sommes passés d’une éducation que l’on peut qualifier de « normative » à une éducation dite « rationnelle puis empathique ».

Pour caricaturer, nous sommes passés d’une tendance autoritaire, où l’enfant, dans un rapport de soumission, devait obéir à l’adulte sans que ses désirs et ses valeurs personnelles ne soient considérées, à une tendance plus laxiste où il est bien vu d’être un parent zen et cool, caractérisée par un laisser faire au titre de l’expression de l’enfant.

Ces deux tendances ont évolué avec les connaissances du développement de l’enfant.

Notamment avec Françoise Dolto, dont l’approche constitue un véritable tournant. L’enfant est désormais considéré comme une personne qui a des valeurs, des désirs et des droits, tout aussi légitimes que ceux de l’adulte.

Puis, plus récemment, les connaissances neuro cognitives et neuro affectives, nous permettent d’appréhender les incidences de l’éducation sur le fonctionnement cérébral.

Aujourd’hui, nous pouvons constater un amalgame important que font de nombreux parents: une confusion entre autorité et répression, et entre frustration et souffrance.

Dans ce contexte les parents oscillent entre ces deux tendances et ne savent plus quelle attitude adopter.

Or, l’enfant est un petit être pulsionnel, régit par le principe de plaisir et la toute puissance. Il cherche à satisfaire ses désirs dans l’immédiat et comme il l’entend. Il veut tout tout de suite, quelques soient les moyens. De cette manière, il ne comprend pas pourquoi il ne peut pas avoir tous les bonbons qui sont sous ses yeux à la boulangerie. S’il veut jouer avec la voiture de son copain, il lui prend des mains sans la lui demander.

Le rôle de l’adulte est d'aider l'enfant à socialiser ses désirs, et à supporter qu’ils ne soient plus satisfaits dans l’immédiat.

Pendant la vie intra utérine, le fœtus satisfait ses besoins (nourriciers) immédiatement. C’est à la naissance que ce long chemin commence : il va devoir supporter la frustration.

Il a faim, il pleurs ? Il doit désormais attendre que son entourage le comprenne pour être nourri.

- Ses besoins ne sont ainsi plus satisfaits dans l’immédiat et cela va constituer le moteur de son développement : c’est grâce à cela qu’il va vouloir grandir.

Il ne peut obtenir ce jouet qui l’intéresse tant mais qui est si loin de lui ? Il va devoir se déplacer puis apprendre à marcher pour y parvenir.

- A chaque âge, de nouvelles frustrations vont s’imposer à lui et vont lui permettre de se dépasser.

- Elles vont aussi lui apprendre à vivre avec les autres du fait des limites et des règles qui les sous tendent.

Par exemple, il n’a pas le droit de taper pour obtenir ce qu’il veut de l’autre ; il va devoir parler pour cela. Il accèdera ainsi au langage.

-Les règles et les limites ont aussi un rôle moteur dans les apprentissages.

En effet, la lecture par exemple, comporte des règles auxquelles il ne peut déroger : P+A veut dire (PA) et non (PI). Il doit l’accepter.

Le rôle de l’adulte est d’aider l’enfant à dépasser ses frustrations et à accepter les règles et les limites pour lui permettre de grandir, et de se socialiser en sécurité.

La question n’est donc pas, « faut-il dire NON, faut-il donner des limites à l’enfant ? », puisque cela n'est plus à prouver ; l’enfant a besoin de limites fermes et constantes ; d’un cadre structurant.

La question est, comment faire pour qu’il l’accepte?

En amont, il faut que le parent comprenne que dire « NON » c’est aider à grandir, afin qu’il se dégage de la culpabilité ou de la peur de ne plus être aimé de son enfant trop souvent constatées.

L’Autorité est une nécessité, pourvu qu’elle soit bienveillante.

Elle nécessite :

- une définition claire de la place de chacun

- une relation empathique entre l’enfant et l’adulte; basée sur une communication bienveillante

- En ce qui concerne la place de chacun : aujourd’hui l’enfant et l’adulte occupent une place « d’égalité face à la loi » : chacun a des droits et des devoirs.

Le rôle des parents est alors de transmettre et de faire accepter les règles à l’enfant, non plus dans un rapport de soumission à l'adulte « c’est comme ça ; obéis et tais toi », mais il s’agit de lui apprendre à se « soumettre à la règle ».

Il n’est pas soumis à l’adulte mais à la règle. Et cela change tout.

Il s’agit également que chacun respecte la place de l’autre. Par exemple, lorsqu’un couple est séparé, l’enfant ne dort pas dans le lit parental. L'enfant ne remplace pas l'adulte absent : la confusion des places n’aide pas l’enfant à se structurer.

- La relation empathique :

Elle nécessite d’être à l’écoute de l’émotion de l’enfant, mais aussi de ses siennes propres. Elle permet de se décaler d’une confrontation de pouvoirs et de désamorcer le conflit ou le débordement de l’enfant et/ou de l’adulte qui s’entraînent réciproquement.

​Identifier, puis verbaliser les émotions en jeu : ainsi, ce n’est plus le corps qui régit tout, mais la parole. Les protagonistes ne sont plus envahis par quelque chose qui les submerge et qui est incontrôlable.

La relation empathique repose sur une communication émotionnelle de qualité.

« Parlez avec votre enfant »

Cela paraît simple, mais c’est pourtant parfois si compliqué !

Les sciences neuro-affectives nous montrent à quel point le cerveau du petit enfant est incapable de gérer ses émotions. Il est traversé par de réelles « tempêtes émotionnelles » qu’il ne parvient pas à calmer tout seul.

La partie du cerveau ou cortex pre-frontal, responsable de la gestion des émotions n’est pas assez mature. Ces tempêtes sont sources de stress, un stress qui endommage le cortex pre-frontal, et l’enfant devient par conséquent de moins en moins capable de se calmer.​

Le rôle de l’adulte est alors très important, car en aidant l’enfant à se calmer, il fait maturer son cortex pre-frontal et l’enfant devient ainsi de plus en plus capable de gérer seul ses émotions.

Là est le rôle des parents ; aider l’enfant à mettre en mots l’émotion. Quand l’enfant se sent écouté et compris, il se sent considéré et peut ainsi s’apaiser.

Il en va de même pour les émotions du parent : s’il les verbalise, il peut s’en dégager et l’enfant peut être plus compréhensif.

Dire les émotions « positives » est aussi important.

Dire à son enfant « Je suis content d’avoir joué avec toi au foot aujourd’hui », cela paraît banal, mais c’est partager et être en lien avec lui, le considérer comme une personne. C’est sur cette relation que l’enfant s’appuie pour se construire.

Cette mise en mots de l'émotion n'est pas simple.

L'adulte n'a souvent pas été habitué à écouter les siennes ni à les verbaliser.

Cela demande un réel travail pour apprendre à les écouter, les accueillir et les comprendre, sans juger ni moraliser, mais cette voie vous mènera vers une relation apaisée et bénéfique au développement de votre enfant.

Beaucoup de parents craignent que l’autorité n’empêche et brime leur enfant, voire même les emprisonne.

Au contraire, si elle est bienveillante, elle permet à l’enfant de ne pas rester enfermé dans sa toute puissance. Elle le libère et lui permet de se développer en sécurité, en s’appuyant sur une relation de confiance.

Elle est certes contraignante de part les limites qu’elle impose, mais elle n’est pas aliénante ; elle est libératrice.

N’ayez pas peur de dire « NON », écoutez leurs émotions, les vôtres, et parlez en !

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