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Les émotions de l'enfant : un langage à cultiver


Colères, éclats de rire, sanglots...les émotions de l'enfant sont vives et les parents souvent désemparés pour y faire face.

L'adulte ne comprend pas pourquoi l'enfant se met dans un tel état de colère lorsque par exemple son gâteau est cassé en deux. Il l'interprète alors souvent comme un caprice et réprimande l'enfant qui s'énerve encore plus. C'est l'escalade et les deux parties se sentent mal.

Voici des clés pour vous aider à gérer les débordements émotionnels de vos enfants.

Alors que l’expression des émotions était souvent réprimée dans l’éducation des enfants du siècle dernier, les recherches actuelles montrent qu'elles jouent un rôle essentiel dans les relations sociales de l'enfant et son épanouissement.

- Elles permettent à l'enfant de réagir et de s'exprimer face à son environnement, de réguler, et d'extérioriser son ressenti, de développer ses capacités à être avec les autres.

- Elles donnent accès à la capacité d'empathie et d'adaptation sociale.

- Elles influent sur la confiance en soi et l'image de soi.

Elles occupent ainsi une place majeure dans leur développement.

L'enfant qui a appris à identifier et à verbaliser ses émotions, sera plus épanoui et plus heureux.

Cependant, il est souvent difficile pour l'enfant de les exprimer de façon adaptée.

Très souvent submergé par ses émotions, il mettra parfois en place des stratégies "inadaptées " pour les exprimer.

Il faut savoir que le cerveau de l'enfant n'est pas encore capable de gérer les émotions de façon autonome.

De nombreuses recherches en neuro sciences témoignent de l'immaturité cérébrale de l'enfant qui explique cette incapacité à y faire face.

Il peut par exemple les intérioriser, car il craint la réaction de son entourage. Parfois, son corps parlera à sa place, en somatisant, en mordant, en s'agitant.

Il peut montrer une forte opposition, de l'agressivité, s'isoler....

Il peut déplacer sa colère. La crise qui succède au gâteau cassé, peut être une colère liée à autre chose que ce gâteau, et qui n'a pu être exprimée.

Les cauchemars peuvent être liés à des émotions non exprimées.

La difficulté à gérer ses émotions impacte ainsi le comportement de l'enfant.

L'émotion tient aussi une place importante car elle permet de mieux se connaître soi-même.

Se connaître, permet aussi de mieux connaître les autres. Cela permet d’être empathique, d'écouter et de comprendre ce que ressent l'autre, et ainsi de pouvoir être véritablement " en relation avec lui ".

L'enfant a besoin de l'adulte pour APPRENDRE à GERER ses émotions

« Ce n’est rien », «Arrête de pleurer », «Ne sois pas triste », « Ris moins fort », « Arrête de t’énerver »…

Ces formules qui prohibent les émotions de l'enfant, reviennent à lui apprendre qu'il ne doit pas les ressentir, qu'elles ne sont pas légitimes.

L'enfant qui entend ces formules de façon récurrente, peut se déconnecter peu à peu de ce qu’il ressent, et en venir à une méconnaissance de lui même.

Cela peut l’amener par la suite, à prendre des décisions non appropriées à ses besoins.

Pour aider l'enfant à exprimer ses émotions de façon adaptée, l'adulte doit lui apprendre à les "dire" avec des mots.

Lorsque l'enfant parvient à dire " je suis énervé parce que...", " je suis triste quand...", son corps s'apaise et l'émotion ainsi verbalisée est soulagée.

La difficulté à gérer ses émotions peut avoir un impact négatif sur son bien être, en revanche, apprendre à les gérer peut au contraire être bénéfique à son développement. " Gérer " ne signifie pas ici " contrôler ", mais " exprimer de façon adaptée ".

Voici des clés pour apprendre à votre enfant à gérer ses émotions :

1. Ecouter.

Cela paraît simple mais ce n'est pas simplement " entendre ".

Cela signifie accueillir l’émotion, prendre le temps de ressentir et de tenter de comprendre ce qu’il ressent, sans juger ou chercher à moraliser. Se mettre à sa place est un bon moyen de comprendre ce qu’il ressent.

2. Verbaliser.

Mettre des mots sur ce qu'il semble ressentir, formuler des hypothèses, questionner l’enfant, suggérer, car seul l'enfant sait ce qu'il ressent vraiment. Il apprend ainsi à identifier les émotions.

« Je pense que tu as peur, est-ce cela que tu ressens ? »

" Tu as l'air fâché ce soir, y a t-il quelque chose qui te contrarie ? "

3. Amener l’enfant à verbaliser lui même.

Lui proposer de " dire " lui même son ressenti. Il se sent ainsi considéré et peut se libérer de la charge émotionnelle.

« Veux-tu dire à ta sœur que tu es énervé et que tu aimerais qu’elle te rende ton jouet ? »

« Peux-tu dire que tu es en colère ? »

" Peux-tu me dire comment tu te sens à l'intérieur ? "

Proposer des images à l'enfant l'aide à s'exprimer ; " Dis moi, c'est comme un gros orage dans ta tête ? "

4. Eviter de demander " pourquoi ? ".

Il est difficile pour l'enfant de répondre à cette question.

" Pourquoi mords-tu tout le temps les autres ? Pourquoi te comportes-tu si mal ? Pourquoi fais-tu toujours pipi au lit ?... "

Cela vous donne l'illusion d'ouvrir le dialogue avec l'enfant, alors que cela ne fait que le mettre face à sa propre incompréhension.

L'enfant submergé par l'émotion, n'a pas accès au sens de son comportement.

Préférez mettre en mots ses émotions, le dialogue sera bien plus riche.

5. Adopter une attitude bienveillante.

Lors d'une colère, d'un comportement agressif ou d'une réaction émotionnelle forte, la première réaction de l'adulte est souvent de réprimer le comportement de l'enfant. Il peut s'énerver à son tour et même rejeter l'enfant qui l'insuporte.

C'est exactement l'attitude inverse qui l'aidera à s'apaiser :

écouter et parler de son émotion, rester en lien avec lui et l'aider à sortir de cet état.

" Je vois que tu es très en colère. Tu dois te sentir terriblement mal. Veux-tu que je t'aide à te sentir mieux ? "

Inviter l'enfant à trouver une solution ou lui en proposer une (selon son âge) pour exprimer son émotion et s'apaiser :

" Si nous prenions quelques minutes pour souffler un peu ? "

Chez le petit enfant, l’apaisement par un câlin est très efficace lors d’une colère, même s’il le refuse dans un premier temps. L’enfant, submergé par ses émotions, comprend ainsi que l’adulte ne le rejette pas malgré son émotion. Le sentiment d’être contenu le rassure. Les mots peuvent venir ensuite.

6. S'apaiser soi-même pour pouvoir accueillir les émotions de l'enfant.

L'adulte qui fait face à la colère de son enfant peut se laisser facilement aller à sa propre colère. Il est important qu'il gère aussi son état émotionnel du moment pour ne pas faire " boule de neige " avec celui de son enfant.

Il peut pour cela dire à l'enfant ce qu'il ressent lui même, ou prendre une distance physique (aller dans une autre pièce) le temps de souffler un peu. Prendre conscience de son propre ressenti est déjà un pas important.

7. Prendre le temps de parler avec son enfant,

non pas seulement des évènements pratiques de son quotidien, de ce qu’il « fait », mais de ce qu’il pense, de ce qu’il ressent, c’est lui donner l’occasion de libérer ses émotions et lui donner une valeur qui lui permettra de développer sa confiance en lui.

Par exemple:

- Dialoguer avec lui de ce qu’il a ressenti pendant un film.

- Lui demander ce qu’il pense de telle ou telle actualité.

- Au lieu de lui demander ce qu'il a fait à l'école (question à laquelle il répond souvent de façon évasive), demandez lui s’il a ri, s’il a appris des choses qui l’ont étonné, des choses qu’il n’a pas aimé, etc.

8. Le jeu est également un outil intéressant pour ouvrir le dialogue avec l'enfant sur ses émotions.

Par exemple, dans un jeu de rôles ou d’imitation, l’enfant peut s’exprimer à travers les personnages mis en scène.

Cela n'est pas toujours facile pour un parent d'écouter la tristesse, la colère, la contrariété de son enfant, mais ne pas les laisser s'exprimer les rend plus intenses au lieu de les libérer.

L’encourager à partager ses émotions et exprimer les vôtres, c’est lui montrer la légitimité des émotions et « être en lien avec lui ».

Faites appel à votre créativité, parlez et jouez avec eux pour les aider à libérer leurs émotions.

En grandissant, ils deviendront alors capables de gérer seuls leurs émotions. Leurs relations avec leurs pairs ne s’en verront que meilleures et leur épanouissement plus abouti.

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